dimanche 20 août 2006

L’empreinte sur le glacier



Nous avons relevé cette empreinte au sommet du col de Koyondu, à 4′327 mètres d’altitude dans le massif d’Akshirak. La glace à cet endroit commençait à fondre et une seconde trace de pas, à moins d’un mètre de distance, avait pratiquement disparu.

Le col de Koyondu relie deux vallées en pente douce qui sont recouvertes de glace. Nous nous sommes équipés de crampons, piolets et baudriers pour y parvenir. Les traces se trouvaient au milieu du col, à son point le moins élevé : l’endroit logique où un homme ou un animal passerait s’il voulait économiser ses forces. La neige est très dure en aval, trop pour qu’une personne ou un animal de poids raisonnable puisse s’enfoncer et y laisser une empreinte significative.

Cette trace a très bien pu être laissée là par un homme. Mais à notre connaissance la dernière expédition à cet endroit date de trois ans. Et de plus le plaisantin aurait dû enlever ses chaussures pour marcher sur la glace.

Rien ne prouve que ce soit une trace de Yéti. Mais ce n’est pas impossible. Dans ce cas, selon ma théorie du Yéti pour les Tian Shan, ce serait un hominidé de taille moyenne, un cousin de l’orang-outan - ni un ours, ni un gigantopithèque.

Nous n’avons pas trouvé de poils ou d’excrément, ni n’avons aperçu la silhouette d’un homme singe dans le massif. Nous avons seulement relevé cette empreinte dans la glace à 4′327 mètres d’altitude. C’est ma première expédition à la recherche du Yéti et je ne retourne pas les mains vides.

Le rêve continue, ma quête aussi.





samedi 19 août 2006

YETI LAND



Nous progressons lentement dans le YETI LAND . D’abord parce que nous avons du attendre que le soleil brille ce matin pour recharger les batteries du camescope sur le panneau solaire. Ensuite parce l’équipe scrute le sol à chaque pas pour trouver des empreintes laissées par les prédateurs des hauteurs.

Les roches qui surplombent la vallée sont brunes, rousses et violettes. Ces couleurs chaudes tranchent avec la froideur de la langue du glacier.

La rivière se colore. Au petit matin l’eau est claire puis, sous l’effet du soleil d’août qui fait fondre la glace, le niveau des flots monte et les ruisseaux sortent de leur lit pour arracher la terre friable sur la rive. En fin de matinée tous les cours d’eau sont bruns.

Au loin se dessine la silhouette de l’aspirant guide Andrei qui enlève ses souliers pour franchir la rivière. Andrei est un étudiant qui, tout comme son père, se destine à être un jour ingénieur civil mais son rêve est de vivre avec la montagne. Il nous sidère chaque matin lorsqu’il fixe le ciel et nous annonce qu’il va pleuvoir puis, chargé d’un sac deux fois plus gros que lui, il file comme l’éclair pour rejoindre les hauteurs. Andrei se trompe chaque jour car le soleil est au rendez-vous ; il ne boit pas de bière, ne fume pas et ne croit pas au Yéti. L’aspirant guide ne prend donc pas au sérieux notre expédition mais enfin, il est heureux d’être dans son élément.

Derrière lui se dresse le massif d’Askshirak où tout n’est que glace. Changement d’équipement en vue.




vendredi 18 août 2006

La méthode



« Nous devrons atteindre les glaciers et monter sur un sommet pour avoir un bon point de vue. De là nous examinerons les zones qui se trouvent entre la moraine et la glace. Il s’agira de dénicher des trous ou des grottes qui pourraient servir de tanière à un animal de taille moyenne. Tout près devrait se trouver un point d’eau : ce pourrait être une source, une rivière ou un lac. Une fois l’endroit trouvé il faudra rechercher des empreintes, des excréments ou des ébauches de sentiers. Et ne pas oublier de scruter le ciel : des oiseaux qui convergent ensemble vers un point peuvent révéler la présence d’un cadavre et donc d’un prédateur. »

C’est la méthode proposée par le guide Misha pour rechercher le Yéti.

Au travail !







jeudi 17 août 2006

La vallée désertée


Le camp de base établi à 3′600 mètres d’altitude est confortable et nous nous octroyons une journée d’ acclimatation.

J’en profite pour coincer mes habits trop sales sous les pierres de la rivière. L’eau claire se charge de les rincer au matin. En face de nous, de l’autre côté de cette rivière sans pont, se tient une  maisonnette en pierre. Elle semble inhabitée depuis des années et est tombée en ruines. En amont du camp traînent des bouteilles vides abandonnées par la dernière expédition qui s’est aventurée ici il y a trois ans de cela.

Il n’y a plus d’arbres, c’est bien trop haut. La vallée est recouverte d’une herbe tenace, verte, qui pourrait nourrir des troupeaux de yaks et de moutons. Mais le prochain village est trop éloigné, à plus de 80 kilomètres, et les hommes ont renoncé. Cette vallée a été désertée.

Nous nous lançons dans une première ballade dans les collines, puis le jour suivant gravissons un premier sommet à 4′300 mètres. De là-haut nous sommes ceinturés par les Tian Shan, montagnes célestes toutes de roches et de glaces du sud au nord et de l’est à l’ouest.

Les pierres roulent sous nos pieds et la terre est molle, qui garde volontiers la marque de tous ceux qui sont passés par là. On lit les empreintes des moutons de Marco Polo, ces ovidés sauvages qui pèsent jusqu’à 150 kilos et dont les cornes immenses s’enroulent en tire-bouchon. Parfois leurs empreintes s’entremêlent et font penser à des traces de pied qui auraient été laissées là par un gigantesque bipède …

Une partie de l’équipe s’est employée à désembourber le minibus. Nous sommes encore éloignés des  glaciers et nos guides russes songent déjà à lever le camp. Ils chantent le soir dans la tente à la lumière des lampes à gaz. Leurs voix sont basses et leur chansons souvent mélancoliques, particulièrement celle qui raconte l’histoire d’un corbeau noir porteur d’une mauvaise nouvelle.

Un leader émerge dans l’équipe, il s’agit de Misha qui vient de St. Petersburg bien qu’il ressemble plutôt à un ours de Sibérie. Les apparences sont trompeuses : c’est en fait un type intelligent, éduqué et cultivé, qui a quitté un travail bien rémunéré pour vivre ses deux passions qui sognt de gravir les sommets et de boire du thé en montagne. Il a consacré le meilleur de ses weekends à observer faune sauvage dans les environs de St. Petersburg et son coup d’oeil nous vaudra une belle découverte sur le sommet d’un glacier.

En attendant cet heureux événement nous nous déplaçons à pied sur 15 kilomètres avec deux tentes de poche et un peu nourriture pour établir un camp avancé sous les glaciers du massif d’Akshirak.






mercredi 16 août 2006

Quel est votre objectif dans cette expédition ?


” Quel est votre objectif dans cette expédition ? ” demande Serguei, le géologue kirghize originaire de Géorgie. Sa compagnie à Bishek organise des excursions dans la chaîne des Tian Shan où les alpinistes peuvent se mesurer à des sommets vierges. Il a orchestré un coup de marketing en suggérant qu’avec un peu de chance on pourrait rencontrer le Yéti dans le massif de Akshirak. Il arbore une moustache grise de baroudeur et je suis dans son bureau pour organiser les détails de l’expédition.

Deux guides de haute montagne se tiennent appuyés contre le mur. L’un deux a le physique d’un ours de Sibérie et l’autre, plus sec, est un grimpeur qui aime avant tout les dévers dans les falaises. Ils sont d’origine russe et, je le saurai plus tard, ne rêvent que de gravir des sommets durant les prochaines trois semaines. Mais ce n’est pas à eux que s’adresse Serguei.

Alors, cet objectif ?

Moment de flottement. Les membres de l’expédition se regardent, ils sont au nombre de deux. Il y a moi bien sûr et mon pote : il s’appelle Michel et ensemble nous constituons le noyau dur de l’association CARTE BLANCHE. Michel vit et travaille au Congo depuis une année. Dans ce pays immense de l’Afrique ont lieu ces jours les premières élections présidentielles depuis 45 ans et Michel a quitté Kinshasa sous les balles pour s’offrir une escapade en Asie Centrale. Encore assommé par le voyage il me laisse la parole. Je réponds en toute franchise :

« L’objectif de cette expédition est de rechercher le Yéti des Tian Shan ».

La cause est entendue pour tous ceux qui sont présents dans la pièce. Serguei le directeur sait que ses clients sont de doux rêveurs. Le guide ours prend mentalement la décision de modifier la liste des vivres où il ajoutera, vu le caractère particulier de l’expédition – comme il le confiera plus tard – deux bouteilles d’alcool fort.

Nos questions sur ce qui nous attend dans les montagnes d’Akshirak sont vite réglées : la dernière incursion sur place remontant à trois ans il n’existe pas d’information fiable. L’endroit est sauvage, très froid, Akshirak est un massif aussi étendu que la région de Chamonix et nous devrons traverser un pont qui sera peut-être en bon état.

Pour le déplacement l’agence met à disposition un minibus 4×4 russe de la marque UAZ. Il s’agit du modèle grand format de la jeep qui m’avait si bien lâché dans les Pamirs , ce qui m’inspire les pires craintes mais garantit un fond d’aventure pour le voyage.

Le minibus est doté d’un grand coffre. J’avais expédié de Suisse un caisse remplie de matériel d’alpinisme que Dmitry, mon contact dans l’agence, a réussi à soustraire à la rapacité des douaniers kirghizes. Dmitry est un héros qui a du se battre contre les bureaucrates, merci à lui ! Nous chargeons donc corde, piolet, crampons et baudrier avant de démarrer.

Lentement d’abord : trois heures pour les 30 premiers kilomètres, le temps d’acheter des produits frais aux marchands ouzbèques sur le bord de la route. Nous nous arrêtons ensuite sur les rives du lac d’Issy Kul pour une petite baignade puis passons le dernier village – où je complète nos vivres avec un peu de bière – et nous plongeons vers le sud.

La route s’élève. Enfin. Mon pote Michel, qui est un fin photographe, s’accapare mon appareil numérique. Les images dans ce blog seront désormais prises par lui. Je pourrai m’occuper à plein temps du caméscope.

Des barrières bloquent la route, ce sont les premiers contrôles. Le trafic automobile se tarit et nous croisons maintenant des hommes à cheval. L’un d’eux transporte la carcasse d’un poulain coupé en deux. Nous voici entrés dans le Kirghizstan profond.

Le minibus s’arrête durant 20 minutes dans une petite garnison militaire. Au-delà commence la région frontière avec la Chine et nous devons présenter les permis d’usage. Le garde frontière demande 5 litres d’essence comme taxe de passage.

Puis se présente devant nous une rivière qui sort des glaciers en charriant une eau terreuse. Elle est large - près de 50 mètres - , se ramifie en ruisseaux séparés par des bancs de pierre, et peu profonde. Heureusement, car le pont de bois s’est effondré.

Le 4×4 traverse à gué et ne perd qu’une roue dans l’aventure. Nous quittons la route et notre groupe d’explorateurs intrépides pénètre dans la région d’Akshirak. Les sommets des glaciers pointent au loin, deux aigles planent dans le ciel et les marmottes sifflent devant leurs trous.

Le but maintenant est de s’enfoncer avec le véhicule le plus possible dans la vallée pour nous rapprocher des sommets. Ce ne sera pas très loin car le sol est marécageux et le 4×4 ne tarde pas à s’embourber. Nous essayons de dégager les roues en pellant la terre avec nos piolets. Tout le monde pousse, le chauffeur met les gaz mais la roue arrière gauche s’enfonce chaque fois d’avantage. Bon, l’endroit n’est pas si mal après tout.Nous sommes à 3′600 mètres d’altitude dans la vallée d’Akshirak. C’est ici que s’établira le premier camp de base de cette expédition dont l’objectif est de rechercher le Yéti des Tian Shan.




mardi 15 août 2006

Théorie du Yéti pour les Tian Shan



Le Yéti n’existe probablement pas. Aucune preuve tangible de sa présence sur terre n’a été répertoriée à ce jour : ni ossement ni fourrure et encore moins un spécimen vivant. Son champ d’étude a été relégué au domaine de la cryptozoologie, une science biologique spéculative qui intéresse principalement les rêveurs. Qui doivent se contenter d’observations du Yéti en haute altitude par des montagnards et de traces de pas sur les neiges éternelles.

Sa présence a été signalée dans les chaînes de l’Hymalaya, des Pamirs, des Tian Shan et de l’Altaï, toutes situées au coeur continent asiatique. Le témoin le plus célèbre est Reinhold Messner, l’alpiniste d’origine italienne qui fut le premier à gravir les 14 sommets de plus de 8′000 mètres de la planète. Il a raconté sa rencontre avec le monstre dans une vallée du Népal et sa quête pour le retrouver durant les années qui suivirent. Messner est arrivé à la conclusion que le Yéti est un ours, d’une espèce rare propre à l’Hymalaya, qui laisse ces traces si particulières lorsqu’il se dresse sur les deux pattes de derrière. Je recommande son bouquin « YETI - DU MYTHE A LA REALITE», même si, à mon avis, il n’est pas du niveau de «TINTIN AU TIBET» :)

La thèse de Messner est controversée et nombre de mes amis cryptozoologues voient dans le Yéti un primate. Certaines empreintes relevées ne présentent en effet pas de griffe et elles s’étendent sur une distance trop étendue pour être le fait d’un ursidé marchant sur deux pattes. Des témoignages visuels en outre l’assimilent clairement à une espèce de singe. Ce pourrait être alors un descendant du gigantopithèque, un primate qui vivait en Chine et en Inde et qui a disparu il y a près de 12′000 ans. Il pouvait mesurer jusqu’à 3 mètres.

Mais le Yéti n’est pas forcément un géant. J’ai recueilli lors de mes voyages un seul témoignage d’une rencontre directe : il s’agissait d’un porteur qui avait aperçu un hominidé pas plus haut qu’un mètre 20 près d’un cours d’eau dans les montagnes du Sikhim au nord de l’Inde. On serait alors en présence d’un cousin de l’orang-outan au poil roux de Sumatra et Bornéo.

Chaque fois que je parle du Yéti au coin du feu avec les habitants de l’Hymalaya, des Pamirs et des Tian Shan, on me répond avec réticence et avec crainte. Le Yéti est souvent assimilé à une créature magique entourée de superstitions.

On ne peut cependant pas classer les scientifiques soviétiques qui exploraient les Tian Shan parmi les crédules.

La chaîne des Tian Shan – les Montagnes Célestes – délimite la frontière entre la Chine et le Kirghizstan sur près de de 2′000 kilomètres. Son plus haut sommet, le pic POBEDY, culmine à 7′439 mètres. La région a été explorée pour la première fois en 1857, puis elle est restée interdite d’accès pendant la plus grande partie du 20ème siècle. Seules des expéditions soviétiques ont pu en étudier le relief accidenté pour des relevés climatiques ou pour rechercher des mines d’or ou d’uranium. Elles ont raconté avoir relevé à cette occasion des traces dans la neige et avoir aperçu les silhouettes d’hommes velus. Le mystère du yéti des Tian Shan était né.

Aujourd’hui que l’union soviétique s’est écroulée la région est pratiquement inhabitée. Il n’existe dans la région de Akshirak, au sud du Kirghizstan, qu’un village de 80 habitants et deux routes. Et encore le pont pour traverser la rivière s’est-il écroulé. Les vallées qui mènent aux glaciers sont marécageuses. Les premières habitations en Chine sont distantes de plus de cent kilomètres et les vallées si infranchissables que les trafiquants préfèrent emprunter les routes officielles et s’arranger avec les officiels.

C’est un endroit sauvage, un des derniers de la planète où l’on est entouré de sommets à 5′000 mètres d’altitude encore vierges. Une aubaine à l’heure de Google Earth.

Le Yéti n’existe probablement pas. Mais s’il existait quand même, ce serait dans un endroit comme les Tian Shan où aurait pu, pourquoi pas, survivre une population de quelques dizaines d’individus à l’abri du regard des hommes.

Voilà pourquoi je me dirige vers les Montagnes Célestes. Je n’irai pas seul.

samedi 5 août 2006

Sortie de zone kazakhe


Ce n’est pas une surprise : il n’y a pas de billet de train disponible pour Almaty avant trois semaines. Me voici séparé de la douce république kirghize par 2′000 kilomètres de steppe que je devrai parcourir en quatre sauts de puces.

La première étape est la ville de Kyzlorda qui compte 160′000 habitants. Le bus est complet mais on me promet une place dans le couloir pour ce soir. Je me présente à 20:00. Une baboushka d’Aralsk détient le monopole des billets, elle impose une discipline de fer devant la gare. Elle commence par se moquer de moi à cause de mon russe balbutiant mais elle m’obtient finalement un siège confortable. J’ai du mal à comprendre les kazakhes.

Le voyage dure 11 heures durant lesquelles mon voisin ne desserrera pas les dents. Nous filons dans nuit en frôlant la zone interdite de Baikonour. Un jeune ingénieur russe, qui a la chance d’y habiter, me décrira les centaines de satellites qui sont lancés depuis la base spatiale chaque année et qui illuminent la ville lorsqu’ils décolent la nuit.

J’arrive au petit matin dans la gare de Kyzlorda, où je trouve immédiatement un billet de train pour Turkistan, la prochaine ville d’importance en direction du sud. Ce sera mon second saut de puce, ce soir à 21:00 .

Inévitablement un gendarme me tombe dessus et m’embarque dans un poste de police étroit. Il me pousse dans une cellule pour fouiller mon sac à dos et examine mon billet, me demandant pourquoi je ne quitte pas plus tôt la ville. Je ne suis pas bienvenu ici ; je vais aller me reposer dans un hôtel durant la journée.

La prochaine étape ferrovière durera 8 heures. C’est un voyage agréable dans le compartiment troisième classe : les trains sont la fierté du Kazakhstan. Les passagers sont d’humeur bavarde. Mon voyage les intrigue et ils aiment m’entendre parler du Pakistan et de l’Afghanistan. Ils s’inquiètent de savoir si j’ai rencontré des BASMACHIS, nom qu’on donne ici aux guerriers musulmans que pourchassait l’empire tsariste puis bolchevique, et qu’on considère comme des bandits.

Je débarque dans la gare de Turkistan au milieu de la nuit. Un taxi m’accompagne dans un hôtel, le chauffeur siffle le veilleur de nuit ensommeillé qui veut bien m’attribuer une chambre si je lui laisse un bakchich.

Turkistan a été durant une courte période la capitale de la république soviétique du même nom. La ville s’enorgueillit d’un mausolée surmonté d’un dôme bleu qui abrite les restes du poète mystique soufi Kozha Akhmed Yasaui. Elle est également dotée d’une université kazakho-turque . Dans un restaurant j’aperçois des professeurs américains qui ont l’air contents de rester entre eux. Les habitants du lieu sont plutôt taciturnes, à part les petites nanas de l’hôtel et les vendeurs de brochettes.

Au détour d’une rue je tombe sur un improbable minibus Volkswagen orange. Il n’y en a pas deux semblables en Asie Centrale cette année : c’est le véhicule d’un jeune couple - une brunette du sud de la France et son ami allemand - avec qui j’avais tué le temps à Kaboul au mois de mai. Ils sont sur le chemin du retour et se dirigent vers la Russie. Ils ont arrêté de fumer et grignotent des montagnes de pistaches. Bonne route à eux !

Troisième saut de puce pour rejoindre Shymkent à quatre heures de minibus, près de la frontière kirghize. Une demi-journée d’attente et je trouve un car allemand recyclé qui partira pour Bishkek.

11 heures plus tard nous arrivons au nord de la capitale kirghize, dans le marché géant de Dordoy. C’est en fait une ville de containers qui sont empilés sur deux étages, celui de dessous servant de boutique, celui de dessus de dépôt pour la marchandise. Je me déplace avec une boussole pour être sûr de retrouver la sortie. On y vend des habits, des souliers et des articles électroniques qui sont tous importés de Chine.

Les voyageurs du bus sont venus de Shymkent pour faire des emplettes ; ils repartiront le soir même pour revendre leurs marchandises après un nouveau voyage de 11 heures.

De mon côté c’est le dernier saut de puce de ma sortie de zone kazakhe. Une vendeuse de jus de fruits me reconnait dans la rue et me lance : “Welcome back to Bishkek”. Je suis à la maison.